Mud Flow
Mud Flow est un groupe (collectif) de rock alternatif originaire de Bruxelles en Belgique formé autour du chanteur-guitariste Vincent Liben. Son style est quelque part entre The Flaming Lips, Sonic Youth, Radiohead, et Interpol.
Le groupe est principalement connu en Belgique mais ses deux derniers albums sont sortis également sur le territoire français. Le titre "The Sense of Me/Chemicals" extrait de l'album "A life on standby" a servi de bande son pour la publicitée Tetra Pak France.
Le groupe a pris la mauvaise habitude d'un changement de line up fréquent, ce qui a souvent pour effet un changement de style entre les différents albums. Vincent Liben s'amuse a dire que Mud Flow n'est pas un groupe mais un collectif de musiciens. Actuellement, le groupe n'est plus qu'en partie bruxellois avec l'arrivée des deux gantois, Frederik Leroux Roels (guitare) et Fred Donche (claviers) en 2007. Charly De Croix qui était le plus ancien membre après Vincent a décidé de quitter l'aventure en 2008 pour aller rejoindre ses compatriotes de Sharko.
Mud Flow travaille actuellement sur son prochain album et à fait parallèlement une mini tournée en France en mars 2009. Vincent Liben à sorti son premier album solo, Tout va disparaitre, en janvier 2009 et une tournée devrait suivre prochainement.
Interview Cozop
Le groupe Mud Flow a toujours été à l'honneur sur Dodb, que ce soit à l'époque de A life on standby ou plus récemment lors de la sortie de Ryunosuke . Alors forcément, on avait envie de leur poser quelques questions, et heureusement, Vincent Liben a bien voulu répondre. Entretien à chaud avec la tête pensante du meilleur groupe belge du moment :
Comme Rob Gordon, le personnage de High Fidelity , penses-tu que c’est la pop music qui rend mélancolique ou est-ce que c’est notre côté mélancolique qui nous fait aimer la pop music ?
Je crois que tu dois aimer la mélancolie pour écouter de la pop music. Mais il faut voir ce qu'on entend par pop music: Britney Spears ou Radiohead? Donc pour répondre à la question, il faudrait que je sache d'abord ce que c'est que la pop music. Malheureusement, je ne sais pas.
Les morceaux Mud Flow sont souvent assez éloignés du format pop song, c’est un choix ou tu n’arrives pas à faire plus court ?
En fait, on ne se pose pas la question en l'écrivant. Suivant le morceau, on voit s'il est mieux avec un long développement ou si 3 minutes suffisent. Un "Monkey Doll" par exemple n'avait pas d'intérêt à dépasser les 4 minutes.. Donc je crois qu'il s'agit d'un choix, sauf que j'ai l'impression que c'est la chanson qui décide.
Comment as-tu rencontré GWL, l’auteur de la pochette ?
Par myspace, il avait laissé un comment sur notre page et j'ai été voir ce qu'il faisait. J'ai tout de suite adoré.. Il fait un travail vraiment remarquable. On ne s'est rencontré que bien après la sortie du disque. Et en plus il est sympa.
Comment se passe la promo du nouvel album ? Y a-t il une différence entre le public belge et le public français ?
Pour l'instant, on a juste fait deux concerts à Paris pour cet album-ci. Donc c'est difficile à dire. J'ai l'impression que le public français est plus attentif mais c'est peut-être dû au fait qu'ils ont moins l'occasion de nous voir, alors ils en profitent.. ;-)Pour savoir comment se passe la promo, il faudrait demander à notre attaché de presse, je ne suis pas trop au courant mais les premiers articles ont l'air plutôt positifs. C'est plutôt sympa, non? :D
Précision de l'attaché de presse : ça se passe bien car pas mal de gens apprécient Mud Flow depuis le précédent album il y a 3 ans, mais en France le groupe n'a pas encore le statut dont il bénéficie en Belgique... on y travaille !
Comment peut-on envisager le futur Mud Flow ?
A géométrie variable, comme d'habitude.. Pas de grand succès à l'horizon... Et pour le contenu musical d'un prochain album, je préfère ne rien dire parce que ce que je dis au début ne ressemble jamais à ce qu'il y a à la fin. Pour Ryunosuke, j'avais prédit un album avec 5 titres de 15 minutes..
Qu’écoutes tu en ce moment ?
A titre instructif, j'ai écouté les derniers Animal Collective et Dirty Projectors. Phosphorescent aussi. Sinon, rien...
Sans aucune objectivité, quels sont tes 5 disques préférés de tous les temps ?
Je prend pas de risques:
The Verve: urban hymns
The Beatles: sergeant pepper
The Doors: strange days
REM: automatic for the people
Flaming Lips: Clouds taste metalic
source: cozop.com
Tournée 2009
Mar 17 Rockhal, Esch/Alzette (Lux)
Mar 18 L'Emile Vache, Metz
Mar 19 La Fabrique, Lion s/ Mer
Mar 20 Mc Dadd's, Le Havre
Mar 21 Emporium Galorium, Rouen
Tribal Dance
Something wrong goes in between
The trouble calm, deep in my skin
Something wrong 'cause we are free
Refrain:
1.2.3. it's a definition of style
You don't know where to go
But you know my mind is clear
This time, I'm gonna try
My mind
1.2.3. it's a definition of style
You don't know where to go
But you know my mind is clear
This time, my mind
Tribal dance grows in silence
See I don't know how shit came in
But something strange came in my skin
I cut myself and started to bleed
Refrain:
1.2.3. it's a definition of style
You don't know where to go
But you know my mind is clear
This time, I'm gonna try
My mind
1.2.3. it's a definition of style
You don't know where to go
But you know my mind is clear
This time, my mind
Tribal dance grows in my skin
Something wrong goes in between
The trouble calm, deep in my skin
Something wrong 'cause we are ...
Interview pour impulsionfm en 2004 à Huy
- Vous avez vécu pas mal de difficultés avant d'arriver à cet album. Coup de gueule, remise en question, départ de certains membres du groupe (David Torfs -basse- et Damien - guitare). Finalement, cela n'a pas renforcé la cohérence de l'album ?
V (s'adressant aux autres) : Qu'est-ce que vous en pensez vous ?
C : Les relations humaines font les grands moments de musique.
- Tout était déjà écrit, mixé avant ces événements ?
V : Oui en partie, enfin, nous avions déjà commencé à travailler sur l'album il y a 2 ans et demi. Damien, le guitariste, est parti en septembre, donc en fin d'enregistrement, dirais-je…
C : Ca s'est fait pendant…
V : David est parti quand nous avions écrit le gros mais de toute façon, nous avons tout repris quand Blazz est arrivé. Nous avons repris les morceaux à zéro et c'est un travail de 2 ans. Les changements se sont fait à l'intérieur de ça, ils font partie de l'album et l'album est ce qu'il est aussi probablement à cause de ces changements, ou plutôt oui… grâce à ces changements… (rire)
- Vincent, certains disent que tu as décidé de virer les autres membres du groupe pour choisir des musiciens professionnels, ton avis ?
B : Nous ne sommes pas professionnels…
V : Ces mecs sont professionnels ? (rires)… Qui a dit ça ?
- Des mauvaises langues, peut-être, quelques rumeurs…
V : C'est marrant parce que les gens qui disent ça, ils ne nous connaissent même pas. Chaque fois, ça a été des décisions de groupe et ce n'est pas parce que, moi, je suis le survivant, celui qui reste du début, que c'est pour autant moi qui ai pris ce genre de décision. Ce sont des décisions collectives, entre nous et ce sont des choses qui n'allaient pas, qui étaient… enfin, je pense… Charlie, qui était avec nous sur "Re-act" peut en témoigner aussi. Il n'y a jamais eu de décision unilatérale prise…
C : C'est un peu réducteur de penser que parce que Vincent est le "leader", parce qu'il est le chanteur et guitariste, qu'il compose la souche des morceaux, que c'est lui qui vire les gens. Enfin, je dis ça à ceux qui vont l'entendre... et ce sont évidemment des décisions collectives. Nous nous réunissons et nous en parlons aux personnes concernées avant tout. Ce n'est pas du tout Vincent qui se réveille un jour de mauvais poil et qui fait "tiens lui, il me fait chier, je vais le virer !" Non, ça ne se passe absolument pas comme ça et ce sont des moments très constructifs, je crois… pour toutes les parties. C'est clair qu'il y a certaines personnes qui vont le prendre bien ou moins bien, mais je pense que ça a fait avancé le groupe, le projet, la musique. Et la musique que l'on fait aujourd'hui, nous avons beaucoup de plaisir à la faire ensemble, et je pense que ça se ressent sur le disque et on le démontrera ce soir en live aussi.
V : Pour en revenir… par rapport à ça, c'est vrai comme dit Charlie, à chaque fois, nous en avons parlé avec les personnes concernées et je pense que nous avons été très corrects là-dessus. Il y a eu des remises en questions, des gens qui voulaient quitter… forcément, comme je suis le chanteur guitariste, c'est difficile de me virer. Mais inversement aussi, tout le monde peut se tirer. Donc, c'est la même chose que de me virer. Par rapport aux personnes concernées, à un moment, certains dans le groupe ont eu des coups de gueule vis à vis de moi ou vis à vis d'autres membres et ça donnait : "moi, je me casse si tu ne changes pas ça chez toi et toi si tu ne changes pas ça", par exemple.Chacun réagit de manière différente et certains (pour ne pas les citer même si on se doute bien de qui c'est) n'ont pas réagi en terme amicaux, on dira. Nous n'avancions plus et cela devenait problématique. Chacun se pousse à s'améliorer, ça fait partie du travail et quand il y en a un qui ne suit pas, quelque part, c'est tout le groupe qui en pâti. C'est ensemble que l'on choisit de dire…"on ne va pas aller se planter dans le mur" ou…C'est surtout par rapport au plaisir que nous avons nous, en fait, à jouer ensemble. Ce n'est pas gai quand quelqu'un, systématiquement, traîne, n'a pas la motivation, etc. Comme nous ne gagnons pas une tune avec ça, c'est clair que nous le faisons pour le plaisir d'abord. Nous avons envie d'avoir du plaisir à être ensemble et à jouer ensemble voilà.
C : Nous développons cet aspect où nous avons envie que tous, nous soyons vraiment dans le même bateau. A un moment donné, s'il y en a qui ne sont plus tout à fait dedans, qui ont leurs raisons, attention, on respecte, il faut tout simplement être adulte et savoir dire : "bon voilà, nos chemins peuvent se séparer ici parce que nous n'avons pas les mêmes ambitions". Ca ne veut pas dire pour autant que nous sommes carriéristes ou que nous sommes des gens qui veulent absolument… non, nous avons envie de faire de la musique et essayer d'en vivre.
B : Nous ne savons rien faire d'autre...
C : Oui enfin, lui certainement (rire), mais il est très beau (rire)…
- (A Vincent) Tu as gardé de bons contacts avec l'un des deux qui est parti?
V : Damien, en fait, le guitariste est parti donc… oui, c'est lui qui est parti…
- Et David ?
V : David ?… C'est justement de lui dont je parlais il y a deux minutes…
(rires) , les autres : "pour ne pas le citer"…
V : … Pour ne pas le citer… maintenant je le cite mais il y en a deux, c'est bien simple. C'est lui qui n'a pas suivi. Nous, effectivement, nous donnons tout notre temps à ce projet. C'est quelque chose qui est extrêmement important pour nous. Lui, bosse à côté donc c'est sur qu'il ne travaille pas son instrument comme nous le faisons, il n'a pas les même remises en question, ce genre de chose. Il considérait plus le groupe comme un hobby, ce qui n'est pas notre cas. Nous mettons tout ce que nous avons dedans. Nous n'avions rien contre lui, on l'aimait bien mais il n'a pas compris que, ce qu'en fait, nous voulions de lui, c'est qu'il ne considère plus cela comme un hobby. C'est sa vie, il a toujours voulu avoir ses rentrées financières, son confort et en même temps avoir la chance de jouer dans un groupe…
C : Pour faire un disque, des tournées, etc.
V : Là, il y a un problème, chacun doit donner, doit payer de sa personne, dirais-je. C'est vraiment ça : chacun doit payer de sa personne quelque part et nous avons eu des problèmes. Donc effectivement, nous ne sommes pas en bons termes parce qu'il n'a jamais accepté ça. C'est aussi simple que ça. Je ne sais pas si c'est lui la mauvaise langue…
- Non, ce n'est pas lui, je ne le connais pas personnellement…
C : En tout cas, c'est très chouette de pouvoir en parler quelque part. Pas se justifier parce que nous n'avons pas de justification à donner mais de pouvoir en discuter tout simplement. C'est vrai que ça revient souvent, c'est un petit peu dommage que ce soit aussi souvent : "Oui… c'est Vince qui vire ses musiciens…". On n'est pas aux States avec le chanteur de Megadeth ou Slayer… Enfin, ce sont des trucs qui se passaient dans les années 80... il faut arrêter, je pense, de réfléchir comme ça.
V : Ce n'est pas cool pour le reste du groupe de dire : "Il prend des musiciens…" enfin, ce n'est pas la manière dont nous voyons le groupe… Tant qu'à parler de cela, c'est vrai qu'on pose rarement ces questions là et que les gens vont facilement dire "ouais, c'est lui qui… parce qu'il était là avant, etc." C'est vrai que les musiciens sont meilleurs mais je pense que tout le monde s'améliore à un moment et…
C : Il y a cette volonté de faire de la musique et je pense que, là, nous sommes clairement sur la même longueur d'onde. On sait pourquoi nous nous levons le matin, pourquoi nous allons au local de répète et que nous bossons les morceaux ou que nous allons faire un concert... nous avons cette fureur de vivre et de jouer.
- Tu disais que tu ne "touchais pas une tune" sur ce que tu faisais… il vous faut quand même de quoi vivre, que faites-vous pour avoir de l'argent?
C : Disons que rien... ce n'est pas rien. On touche un petit peu heureusement. Ca nous permet de survivre avec toutes "les misères sociales" par rapport aux artistes. Ca nous permet de vaguement tenir le cap, mais c'est sur que nous ne faisons pas ça pour rouler en Porsche et se taper des loft..., ça c'est bien clair. Parce qu'il y a des gens qui, après les concerts, viennent nous dire : "Et alors, vous avez des villas et tout ? !". Je me souviens d'un concert à Nandrin, une fille était venue nous dire : "Vous avez des grosses voitures ? Vous avez combien de maisons ?". Donc, ils pensent que vraiment, nous sommes… et non pas du tout.
- En Belgique c'est presque impossible ou plutôt rare…
V : Oui voilà, c'est clair. Enfin, je dirai que c'est 90% d'emmerdes, de difficultés et de stress mais tu as parfois 10% de bonheur où il y a un truc qui se passe. Et en fait, tu es prêt à souffrir 90% du temps pour ça.
C : Qu'en penses-tu Blazz ?
B : C'est vrai, il faut dire qu'une fois qu'on y a goûté, c'est très difficile, on ne sait plus s'en passer. Donc on est prêts à payer le prix pour le revivre.
- C'est quand même la belle vie alors?
B : Ah oui tout à fait.
C : Nous ne troquerions ça pour rien au monde, hein?
B : Même contre beaucoup d'argent, je ne troquerais pas (rire)
- Je perçois un peu de cynisme dans cette phrase ?
B : Non non, mais c'est vrai que c'est… non, non ou alors il faudrait payer beaucoup d'argent, beaucoup, beaucoup…
- Un chiffre ?
V (à Blazz) : Donc si ça marche avec la musique, tu ne veux pas d'argent ?
B : Non mais je veux dire… voilà, voilà, tout à fait… De tout façon, on est condamnés, nous n'aurons jamais beaucoup d'argent.
C : De toute façon, nous n'arriverons jamais à détester la musique, donc nous en ferons toujours.
B : Nous serons peut-être fort célèbre, mais nous ne serons jamais riches. Ca c'est certain !
- "Never stop to loose your friends" (dans "Debbie And Charlie"), c'est un constat dû aux départs des deux ex-amis ou toujours amis ?
C : C'est là que l'amitié se confirme en fait.
V : Sinon c'est plus général, ça fait partie d'une réflexion sur le fait que, simplement en vieillissant, tu finis par… ça fait rire tout le monde mais…
Les autres : Non, ce n'et pas pour ça…
V : C'est le fait que simplement, plus tu vieillis, plus tu vas finir par enterrer tes amis… C'est un plan auquel tu n'es pas habitué au départ… donc c'est quelque chose…
B : Si ça tombe vous viendrez à notre enterrement ou alors, nous irons aux vôtres.
V : C'est parti de cela mais c'est vrai qu'on peut faire la remarque par rapport aux choses qui se sont passées dans le groupe. C'est vrai que les amitiés changent, la vie fait un cycle, j'ai l'impression... comme ça, avec des choses qui viennent et qui partent et ainsi de suite… ce sont des rencontres, etc. Cet album a été le fruit de plusieurs rencontres nouvelles aussi et probablement pour quelques années, puis ça va encore changer, c'est un peu comme ça pour tout. Par exemple, Olivier Mellano qui est venu jouer sur l'album, peut être que nous ne retravaillerons plus avec lui. Ce sont des rencontres… Tu gagnes des amis mais tu les perds aussi dans le même moment.
B : Nous sommes un peu tous de passage en fait…
- Comme les amitiés, par exemple, vous connaissez toujours vos amis de primaire?
B : Moi non, moi je n'ai pas d'amis, en fait c'est cela le problème. C'est vrai…
- C'est le moment de s'en faire…
V : Tous les copains, voilà… En fait, c'est un appel à tous nos amis de primaire, venez-nous voir, s'il vous plaît.
B : Surtout pour Christophe Streignart… si tu m'entends, ça fait longtemps que je ne t'ai plus vu et franchement ça me ferait plaisir parce que j'ai encore des photos de troisième primaire, nous étions l'un à côté de l'autre et quand je les revois je suis assez triste.
V : Moi c'est un appel à Sophie, j'ai toujours été amoureux de toi et je voulais te le dire. Quand j'avais 8 ans, je n'ai pas osé te le dire et peut être que…
- Et les amis de secondaires?
C : Moi, j'en ai revu, justement grâce à des concerts, à des dates que nous avons eu l'occasion de faire et j'ai pu reprendre contact avec ces personnes. C'est chouette... De temps en temps, on croise quelqu'un : "Tiens machin… qu'est-ce que tu fais ?…" Puis, on se recroise sur les lieux de concerts et c'est gai. Donc perdre les amis, en retrouver… pour finir, c'est une question de point de vue.
B : En fait, Charles est le philosophe du groupe, c'est lui qui … tu vois…(rire)
- J'ai pu voir… Justement ces rencontres, il y a Renaud Lhoest (Venus), Olivier Mellano (Dominique A, Miossec), comment se sont-elles faites ?
V : Via Rudy Coclet, en fait, qui a produit l'album et qui est aussi notre ingénieur son en live. Il connaissait Olivier parce qu'il avait travaillé avec Dominique A, je pense et Rudy avait aussi travaillé avec Dominique A et avait rencontré Olivier par ça. nous avions besoin de quelqu'un pour assurer les guitares sur l'album et il s'est dit que ça allait bien coller avec nous.
C : Pour Renaud Lhoest, il a travaillé avec Rudy sur plusieurs projets. On cherchait quelqu'un pour arranger les cordes et il nous a tout de suite aiguillé sur Renaud en nous disant que ça pouvait coller… Et de fait, il a fait un bon travail sur "Chemical". Ca s'est bien passé, c'était très chouette. Des rencontres…
- Et celle de Rudy Coclet (Arno, Jeronimo, Sharko, Calc). Ce n'est pas vraiment une rencontre mais plutôt un choix de votre part. Vous deviez rencontrer trois producteurs et vous avez choisi Rudy Coclet…
C : Nous avons vu Rudy au tout début puis nous avons fait un petit tour d'horizon. Nous avons été voir d'autres personnes, discuté assez longtemps avec elles et puis nous sommes revenu voir Rudy, en se disant :"He's the man !". Oui, nous nous sommes dit que c'était vraiment l'homme qu'il nous fallait et… c'est l'homme qu'il nous fallait, je pense. Nous sommes très contents d'avoir travaillé avec lui. Personnellement, j'ai beaucoup appris et je pense que nous avons beaucoup appris en tant que groupe. D'ailleurs, nous continuons d'apprendre parce que nous travaillons avec lui sur les live et ça, c'est très gai.
- C'est rare un producteur qui accompagne le groupe en live !
C : C'est rare et c'est…
B : C'est sexuel surtout, je paye de ma personne (rire)
C : Non, c'est rare mais effectivement c'est gai parce que lui sait tout de suite où aller. Et ça fait avancer le projet, il sait nous rediriger quand il faut nous faire travailler sur des choses importantes et cibler ce qui est vraiment le travail principal à faire.
- Qu'est-ce qui vous a amené à faire un album plus envolé, moins rock, moins percutant ?
Tous les trois : La 3D
V : Oui, c'est ça, il y avait un truc… Oui, je crois que c'est deux ans de dépression nerveuse…(rires des autres)
C : deux ans ?
B : (rire) Seulement ?
V : Oui enfin, trois ans, un peu plus peut être mais je préfère dire 2 (rire)… quelques années de dépressions nerveuse et puis une recherche, comme Charles dit, 3D, c'est un peu le mot que Charles utilisait. Plutôt que de faire les bonnes chansons bien carrées, bien faites, etc. … un peu lisse peut être, nous avons essayé d'aller chercher des choses plus… profondes et de travailler la matière, dirais-je.
B : Disons que "Re-act" était un peu une collection de singles…
C : Ca, c'est une belle intervention !
Tous : (rire)
B : A chaque interview, il a y a cette phrase quelque part…
C : (Rires de tous)… Non, nous allons essayer d'être sérieux, il y avait effectivement cette volonté de… de toucher l'âme de Vincent . Et je pense que nous y arrivons. Il faudra encore six, sept albums (rires de tous)
- Quel était le contexte d'écriture de l'album, est-ce vraiment deux ans de dépressions nerveuses qui ont amené cela ?
V : Non, il y a des jours ou ça va… (rire de tous) ... Je ne sais pas si c'est vraiment une dépression nerveuse mais c'est vrai qu'il y a des trucs difficiles, … Tout le monde dit toujours : "Cet accouchement d'album a été difficile" et ce genre de choses. Les gens disent ça en général mais celui-ci a été particulièrement difficile. Le précédent n'avait pas été particulièrement difficile, enfin… ça avait été correctement on va dire pour un album. C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de remises en question sur cet album, il y a eu des moments difficiles, des enfermements, on ne pouvait plus se voir, nous avions tous envie, chacun à notre tour, de tout plaquer mais nous avons continué et c'est ça qui nous a poussé. J'ai l'impression que pour faire un bon album, en tout cas pour nous, cela doit se faire un peu dans la douleur, peut être parce que c'est plus facile de faire un album avec des émotions qui touchent plus à des choses difficiles que des choses gais. C'est peut être plus facile en fait.
C : Oui je pense aussi que c'est via l'histoire humaine que nous avons vécu aussi, enfin personnelle, humaine, c'est un peu toujours de tout mais… effectivement, c'est beaucoup de remises en questions, beaucoup de moments ou l'on se dit :"A quoi tout cela rime" et.. donc avoir envie d'arrêter de faire de la musique et de vivre cette vie là, mais pour finir, nous continuons, nous continuons et puis un jour nous tombons sur Blazz et là, tout va bien. (rires)
- Archive a sorti "You all look the same to me" l'année dernière…
B : Nous, on écoute que Mud Flow…(rires)
- ... C'est aussi un album très envolé, qui se place sur la durée puisqu'il y a une plage de 16min, est-ce une influences parmi d'autres ?
C : Moi personnellement, j'écoutais le morceau, enfin j'écoutais cet album et ce morceau là que j'aimais beaucoup quand c'est sorti. Nous ne nous sommes jamais dit : "je vais faire un truc comme", "à la manière de". Nous écoutons des choses et puis, pour finir elles sortent un peu, il y des mélanges de tout. On nous dit que nous faisons du King Crimson… bon ben voilà quoi.
- Oui à ce sujet King Crimson, c'est, je ne dirai pas un nom sorti de nulle part mais c'est une référence des années 60, c'est vraiment un nom que vous, vous citez ?
C : Non pas du tout. Non, je crois que nous ne citons aucune référence, nous faisons la musique que nous avons envie de faire et puis après forcément, j'ai l'impression que les gens viennent mettre un label dessus en disant :"tiens ça ressemble à du…". C'est sûre si Codplay, Radiohead et Archive sortent un disque que nous avons écouté, forcément, c'est notre génération, ce n'est pas que nous nous en inspirons, mais nous l'entendons, donc il vit en nous et un moment il ressort de nous aussi.
V : Ce que ces groupes ont en commun, c'est qu'ils ont des bonnes chansons, voilà en fait...
- Oui, tu disais d'eux que c'étaient des mecs qui savaient faire de vraies bonnes chansons, paraît-il ?
V : J'ai dit cela moi ? Mais c'est vrai que ces références là, ce sont de bonnes chansons. Maintenant, est-ce que nous, nous faisons de bonnes chansons ? Ce n'est pas à nous d'en juger… parce que nous sommes un peu trop dedans pour savoir. Ce n'est pas parce que, tout à coup, l'album est sorti que nous ne faisons plus de remises en question.
- Je pense que vous faites de bonnes chansons mais je vais écouter l'album après… non, je blague, je l'ai écouté...
Rire de tous
- D'ailleurs, depuis que je l'ai, je ne cesse de l'écouter. Vous avez détrôné mon ancien cd…
B : C'était quoi?
- An Pierlé "Helium Sunset"
V : Un ami m'a dit c'est bien, votre album va remplacer celui d'An Pierlé quand je mange… lui aussi a dit ça.
- Cette phrase de la bio : "A presque 30 ans, refaire un album énervé et pop ne présentait plus aucun intérêt à nos yeux ! ", cela signifie ?
V : En fait, c'est un truc que j'ai dit chez Jérôme Colin à "expresso" et qu'ils ont repris parce qu'ils avaient bien aimé. Mais je pense que ça fait partie de notre réflexion aussi…
C : Nous n'avons pas envie de nous énerver sur scène. C'est vrai qu'il y a un moment où je pense que nous n'avions plus trop envie de refaire la même chose… à savoir ces chansons...
B : Collections de singles
C : Voilà, format 3, 4 minutes. Hein Blazz ?
B : Oui, oui c'est ça.
C : Des morceaux qui pêchent et qui sont chouettes, attention…
B : … Il y avait de très bons morceaux…
C : Mais, nous avions envie de développer quelque chose de plus intimiste, introspectif, de plus ambiance, de plus profond peut être et…
B : …Peut-être quelque chose qui correspond plus à ce que nous vivons aussi pour le moment…
C : Voilà, exactement.
V : Parce que certains disent que c'est l'album de la maturité mais ce n'est pas tout à fait juste de dire ça. Je pense que les albums que nous avons fait avant, étaient matures par rapport à l'âge que nous avions aussi. Ce que je veux dire, c'est que l'album correspond plus à notre état d'esprit maintenant, à l'approche de la trentaine que au moment où nous l'avons fait.
B : Nous n'écoutons pas les même disques que ceux que nous écoutions il y a 10 ans donc…
C : Non, moi j'écoutais Slayer et je me vois mal faire du Slayer maintenant.
B : Moi j'écoutais Mc Hammer à 16 ans, je me souviens… Donc, voilà, tout cela a changé et c'est normal qu'il y ait une évolution et c'est pour ça à mon avis…
C : Les mecs qui écoutaient Mc Hammer, je trouvais que c'étaient des …
B : Oui, mais en fait tout le monde se foutait de moi à l'époque…
- Vous croyez que vous êtes devenu musicalement plus mature avec ce troisième album ?
B : Oui, oui tout à fait. Moi personnellement, c'est le cas.
C : J'ai l'impression qu'il y a une réflexion autour de la musique sans être une fin en soi de se dire qu'on va triturer la musique, etc. Nous faisons ce que nous sentons. Mais…
B : Et c'est quoi la maturité finalement ?
C : C'est ça ! Qu'est-ce que la maturité… Il y a un développement, enfin je crois qu'il y a une recherche... une recherche qui est propre aussi à… peut être, à notre âge et qui nous pousse à développer un autre son, d'autres ambiances, d'autres accords, d'autres harmonies, d'autres rythmes.
V : Ca peut renvoyer à un superbe poème de Mallarmé qui touche…
C : Vas-y…
V : Non mais je ne le connais pas par cœur, je ne vais pas me lancer…
B : Il faut que tu l'apprennes par cœur, pour la prochaine interview (rire)
V : Stéphane Mallarmé... mais c'est un truc par rapport à ça, c'est l'objectif que tu veux atteindre… Ce qui fait que tu fais de l'art ou que tu essayes de faire de l'art, je dirais… c'est que tu sais que tu ne l'atteindras jamais. Je pense que la manière dont nous travaillons vient du fait que nous voulons atteindre un objectif que nous n'atteindrons jamais et c'est ce qui fait un peu… Par rapport à la maturation, j'ai l'impression que nous allons, chaque fois, remettre les choses en question et avancer plus loin dans ce qu nous faisons mais probablement que nous ne serons jamais satisfait, à mon avis.
C : Jamais.
B : Mais c'est vrai et c'est ça qui nous fait justement avancer, finalement, comme tout le monde.
C : On regarde toujours au dessus en se disant :"un jour, on y arrivera".
V : Et on y arrivera jamais en fait.
B : En même temps, quand nous regardons derrière nous, nous voyons qu nous avons quand même beaucoup évolué depuis ces dix dernières années… Si nous devions retourner là bas… (rires) nous avons fait un grand pas en avant.
- On dit de cet album qu'il se présente comme une histoire avec un début et une fin. Quelle est le thème de l'histoire ?
V : Je crois que nous nous sommes rendu compte à un moment de quelque chose. Mais en fait, c'est par rapport à une référence aussi dans un bouquin – attention, ça va être super intello là - de EM Forster. C'est un bouquin qui traite des illuminations, des moments ou simplement un objet va, tout à coup, donner une signification importante à ta vie et va changer ta vie. Notre réflexion s'est faite autour de ça. C'est à partir d'un simple élément, finalement, - ça peut être… je ne sais pas, un cd ou ce genre de truc - tu vas remettre en question beaucoup de choses alors que c'est finalement un bête objet. Il y a toute l'histoire autour de ça avec une réflexion. La première chanson, pour expliquer clairement, ça se passe, par exemple, dans une fête, un truc dans le genre, où tu as des moments d'absence, tu vois les gens qui dansent et tu te dis : "Mais, qu'est ce qu'ils foutent et qu'est ce que je fous là aussi". Puis, toutes les chansons s'enchaînent là dessus, sur une réflexion à partir de ce moment là, le lendemain de la veille, quel est ton état d'esprit le matin quand tu as un peu exagéré le jour avant et que tu t'es posé beaucoup de questions. Ensuite, ça part sur tous les sujets qui, à partir de là, peuvent poser des questions. L'album se termine sur "Song 1" où c'est la descente totale aux enfers après quelques petits moments d'espoir ou des moments qui donnent envie d'espoir, comme dans la chanson "Unfinished relief", et la phrase "If you're alright…". Ca va… mais en fait, non, ça ne va pas. Le dernier titre, "New eve" que nous considérons vraiment comme euh…
B : Comme le générique de fin.
C : Comme l'apocalypse…
B : Non, non, mais le générique de fin, le renouveau vers justement la transition vers le quatrième album.
- Je trouve que "Today" est un peu l'ovni de l'album, en ce sens qu'il est plus rythmé et je perçois une touche de "Nits" dans cette chanson ?
B: Ah oui… ? Mais je ne connais pas les Nits, comme je l'ai dit, je n'écoute que Mud flow… (rire). Au fait, ce sont peut être les autres morceaux qui sont des ovnis, non ?
- C'est le seul qui soit plus rythmé sur l'album…
C: Ce n'est pas parce que rythmiquement, c'est du ternaire ?…
V : En fait, "Today", c'est le lendemain de la vieille, donc c'est un peu l'état d'esprit que tu as le matin avec la gueule de bois. Au fur et à mesure de la journée, tu changes un peu d'état d'esprit, t'es vraiment à côté de tes pompes, t'es déphasé, …
C : On n'est pas carré, quoi. Le lendemain d'un truc comme ça, on est pas divisible par 2. Non... mais vraiment, je crois que le choix de jouer ternaire (de diviser le temps par trois et pas par deux), on s'est dit qu'après "Chemical"… Comme 1 n'est pas divisible par 3, que ça fait 0.3333, ce n'est jamais parfait et donc, on est toujours un petit peu … on n'est jamais parfait quoi. Rien n'est absolu comme ça.
B : C'est beau ça…
C : Donc, le lendemain de la veille quand nous avons pris la signification du premier morceau, que nous nous sommes bien baignés de l'atmosphère, nous sommes un peu sur une corde avec "Today".
V : C'était aussi un peu l'état de Rudy dans l'enregistrement, c'était justement de ne pas être droit dans la manière de jouer. A contrario, tu as un synthé et un piano en même temps dont un synthé midi, donc là, c'est un ordinateur qui joue et nous jouons autour de ça en fait. C'est une rythmique qu'on appelle le shuffle et effectivement ce n'est pas divisible, on n'arrive pas à un chiffre droit et donc il y a toujours des coups qui sont finalement à coté. On voyait bien ce morceau en deuxième place…
C : C'est vrai qu'il y a un peu ce sentiment comme ça qui est … "Oh la " et qu'on retrouve dans tout ce qui est ternaire, en fait et qui est assez "free", pas réglo.
V : Il y a une certaine tristesse dans ce mouvement rythmique, le shuffle. Comme dans "Love Street" des Doors, c'est un shuffle aussi et je trouve qu'il y a une certaine tristesse.
C : C'est comme Marylin Manson, il n'utilise quasiment que du shuffle. Et donc il y a ce côté un peu haineux comme ça.
- "Debbie and Charlie" revient par deux fois sur l'album, quelle est la raison ?
B : Nous avions même… Non, c'était pour Unfinished relief, nous avions une autre version qui n'était pas mal aussi…
C : Elle était super d'ailleurs…
B : Franchement, je l'ai réécoutée
V : Elle est mieux que l'autre?
B : Non, peut être pas mieux mais nous aurions du penser à la mettre sur l'album. Pour "Debbie and Charlie", nous avions plusieurs versions, plus de deux en tout cas mais il y en avait deux qui ressortaient vraiment du lot et nous n'arrivions pas à nous décider donc, nous nous sommes dit pour ne pas trancher, mettons les deux.
C : Et puis surtout, ce qui se passe, c'est au niveau de ce qui est dit dans la chanson…
B : Oui, moi je parlais au niveau musical…
C : … Je pense que dans la deuxième version le sentiment est vraiment révélé avec la fin, ce qu'il n'y a pas dans la première version.
V : La première version "Debbie and Charlie", c'est un peu le réveil après "Today" et c'est là que la réflexion commence par rapport à l'histoire. Même musicalement, le morceau a un côté un peu Beatles et le final est un peu gai. Ca mène à l'espoir, nous allons aller vers quelque chose de positif. C'est vrai que la deuxième version est déjà plus lente, plus posée. C'est la même réflexion mais on décrit le moment ou tu y arrives. Pour résumer, la première c'est : ça va probablement arriver mais ça n'y est pas et dans la deuxième version, tu y es clairement, en fait. Donc, tu as tout ce final qui diffère, enfin les deux fins sont différentes…
C: C'est un peu comme dans la vie, on s'attend toujours à une situation… enfin, quand nous appréhendons une situation, nous l'imaginons toujours et en fait ce n'est jamais la même chose que ce que nous avons imaginé. C'est exactement ce qui se passe dans ce morceau là.
- Une chose que je n'ai pas trop apprécié c'est le riff de fin de "New eve" qui est assez long…
B : Là, il faut parler avec l'ingénieur du son, c'est lui qui a choisi.
C : Tu parles du … (ils font le riff vocalement…). En fait, nous restons calé dedans, nous n'arrivons pas à en sortir. Une fois que nous sommes dedans, il faut toujours nous arrêter… Ca démontre un peu notre envie de continuer à faire de la musique et celle de ne pas terminer cet album. Nous même, en enregistrant, nous avons continuellement eu l'envie de jouer et de rejouer le morceau et même de retourner à la première chanson…
- Il y a une fonction "repeat" sur les lecteurs cd…
C : Je pense que la fonction repeat ne donne pas le même sentiment que donne un groupe quand il joue ensemble. C'est important… Mais, c'est vrai… tout le monde trouve ça trop long.
V : C'est le dernier morceau.. nous avions envie de nous faire plaisir, aussi. C'est clair que si tu considère cela dans un format chanson, pour l'auditeur, ça peut être long, je suis bien d'accord. Mais nous avons eu beaucoup de plaisir à le jouer et nous l'aurions peut-être fait plus long encore mais il y a un moment où nous nous sommes dit… "bon, on termine".
- Il y a un ou deux ans, personne ne voulait s'engager à organiser une tournée pour vous…, qu'est-ce qui a changé ?
Tous (étonnés) : Comment ?
C : Oui, mais ça a été tellement anecdotique… Effectivement, il y a eu un petit creux, un moment de battement. Notamment au niveau des musiciens, quand il y a un départ… Ce sont des passages obligés dans un projet comme cela…
V : En fait, l'équipe de booking s'est divisée en deux. On n'a pas su choisir entre les deux, on est d'abord aller chez l'un puis on est allé chez les autres…
- Sur l'album, il y a la présence de violons et de claviers, ce sera pareil sur scène ?
V : Oui, tout à fait. Nous avons une jolie claviériste qui nous accompagne
- Vous n'avez pas été repris pour le Printemps de Bourges, au delà du fait que cela vous déçoit, quel est votre sentiment ?
B : Ce qui est cool, c'est que c'est un super groupe qui a été pris à notre place… (rires) Quand tu es remplacé par un super groupe, c'est bon. (Rires de tous)
- Il y en a trois, c'est lequel le super groupe ?
B : Je ne sais plus, j'ai oublié…
V : Au départ, il y avait Hollywood Porn Star, Hank Harry et nous, c'est Hank Harry qui a été choisi. Je pense qu'il y avait une envie, de la part du Botanique et d'autres, de représenter une facette de ce que eux considèrent comme la Belgique. Nous n'avons pas spécialement le même point de vue là-dessus donc forcément nous étions déçus. Ceci dit, on respecte totalement ce que fait Hank, c'est quelqu'un de sympathique. C'est vrai que c'est assez typé et je pense que le Botanique recherchait quelque chose de ce genre là pour représenter la Belgique.
C : Notre argument est de dire qu'on en a pas besoin, simplement. Je pense que quelque part, ils n'ont pas tort… nous avons une grosse tournée qui s'annonce en Belgique, ensuite en France. Je pense que le Printemps de Bourges, on y arrivera par nous-même.
- Ce n'est que partie remise, ne fut-ce que pour l'année prochaine…
C : Oui, tout à fait.
V : Pour l'instant, nous attendons d'avoir notre album sous licence en France. Hank fait quelque chose d'assez particulier, qui a vraiment le mérite d'exister. C'est bien qu'il ait été choisi. C'est la politique du Botanique, nous ne pouvons pas les obliger à nous sélectionner.
- En dehors de la France, y-a t'il d'autres perspectives pour l'étranger ?
C : Pour la France, nous sommes en négociation pour l'instant. Il n'y a rien de concret à dire tant que maintenant.
- Vincent, tu t'es occupé du graphisme de l'album, c'est important pour toi ?
V : Oui, ça me fait un peu de tune, quoi… plus que la musique… mais sérieusement, c'était l'occasion d'avoir des débats entre nous. Ce n'est pas un graphiste extérieur qui fait son job, qui est payé à l'heure. Puis, il y a un suivi, je m'en mords un peu les doigts maintenant mais pour les discussions concernant la pochette, c'est plus facile quand c'est un membre du groupe. J'ai fait une mise en page et nous en avons discuté entre nous. nous avons eu de bons petits débats qui n'auraient pas eu lieu si ça avait été un graphiste extérieur.
B : En plus, il fait ça très bien, donc… (rire de Vincent) .. non mais c'est vrai…
C: C'est clair…
B: Nous n'allons pas aller ailleurs, si c'est bien à la maison.
C: Nous en profitons aussi pour changer notre site web. (http://www.mudflow.com)
- La phrase en indonésien dans le livret "selamat tinggal" ("au revoir, restez-bien"), que signifie t'elle pour vous ? Est-ce par rapport au public, pour rassurer les gens ?
B : C'est surtout pour conquérir le marché indonésien.
V : C'est l'au revoir de l'ami qui a fondé le groupe avec moi et qui est malheureusement décédé… Il était Indonésien et je trouvais que c'était important de le mettre. Ca fait toujours quelque chose surtout que c'était un vieil ami.
- Durant vos interviews en France, on ne vous a pas sorti une phrase avec dEUS dedans, genre "votre musique ressemble à celle de dEUS" ?
C : Il n'y a pas besoin d'aller en France pour qu'on nous le sorte… On nous l'a déjà dit en Belgique.
V : Surtout du côté flamand, il y avait une référence à dEUS. Je me souviens, en France, nous avions fait une interview pour une chaîne musicale et ils ne connaissaient pas dEUS. Ils connaissaient Hooverphonic et K's choice mais pas dEUS. Donc, on nous a plutôt sorti K's choice…
- Et pourquoi ne pas chanter en Français ?
V : Parce que j'ai un sale accent bruxellois, quelque chose dans le genre… J'ai un défaut de prononciation, je mélange les mots, etc. Nous avons essayé en Français au départ mais c'est tellement lamentable...
B : Franchement, on parle déjà Français toute la journée, si en plus on doit chanter… (Rires de tous)
C : S'il chante en Français, je m'en vais… (Rires de tous)
V : En fait, j'ai une amie qui m'a dit que ma voix est très sexy en anglais. Quand je lui ai dit que j'allais peut-être chanter en Français, elle m'a dit : "Non, non, ne fais pas cela, c'est trop sexy".
- Quels sont les disques que vous écoutez actuellement ?
B : Piano pour quatre mains de Mozart, Steve Reich "Music for 18 musicians", Miles Davis "You're under arrest", bien sur Mud Flow "A life on standby" et Hank Harry.
C : Barbie Bangkok "Oh My God", Miles Davis "Kind of blue", … Mud Flow (rire)… mais je n'écoute plus beaucoup de musique mais ceux-là tournent assez régulièrement.
V : Il y a surtout quatre cd que j'écoute régulièrement… Le dernier Sneaker Pimps, Sonic Youth "Goo", Gainsbourg "Melody Nelson", Shirley Bassey l'intégrale et … (il cherche) Je vais trouver n'importe quel cd…
B : Lorie mais il n'ose pas le dire… (Rires de tous)
V : Wah, non… Kyo "Le chemin". (Rires de tous)
Interview : C.Flohimont
galerie du concert: http://www.impulsionfm.net/onavumudflowhuy2004.htm
Five Against Six
Many times and more
Cinq Contre Six
Et si je refusais de parler ?
Interview Froggy's Delight
Le titre de l’album est inspiré de l’auteur japonais Ryūnosuke Akutagawa, en quoi t’a-t-il inspiré ?
Vincent Liben : C’est un hasard, je n’avais jamais rien lu de lui. Au moment où j’ai écrit la chanson (ndlr : "Ryonosuke" !), j’avais envie de sonorités japonaises. J’ai donc fait des recherches sur internet où j’ai trouvé des poèmes et des textes en japonais. J’en ai pris un, et je l’ai mis en sample. Ensuite, j’ai demandé à une amie japonaise de le lire sur la version album, et je lui ai demandé de me traduire ces textes. Je ne pensais pas que c’était si noir. Le passage en question décrit le viol d’une femme sous les yeux de son mari. Cela n’allait pas du tout avec le premier thème de la chanson, du coup, j’ai réécrit la chanson après avoir lu cet auteur. Ce n’était pas recherché à la base, le texte aurait pu être aussi une bonne blague en japonais !
Pour la chanson "Trampoline", vous avez travaillé avec deux fanfares différentes, tu peux nous raconter comment ça s’est passé ?
Vincent Liben : J’avais envie d’une fanfare pour ce morceau, et je me suis dit que ce serait chouette d’essayer un truc : faire écrire le morceau par deux fanfares, chacune de leur côté, ceci sur la base des accords. Ensuite, on a mis les deux en même temps. On savait que ça allait marcher ; on a testé, et ça a bien marché. Cette chanson parle d’un homme qui observe le monde d’un arbre.
Comment composez-vous vos morceaux ?
Vincent Liben : En général, j’écris de mon côté et j’enregistre les morceaux sur mon ordinateur, j’y mets les arrangements minimaux pour que ça ne soit pas trop dirigé et puis après, si les autres membres du groupe aiment bien, on travaille le morceau ensemble, on essaie d’autres couleurs. Je fais ça comme ça parce qu’auparavant, je venais avec ma guitare et je fredonnais les morceaux. C’était plus difficile pour les autres de bien entendre. Donc, j’enregistre les morceaux pour qu’ils se fassent une idée.
C’est toujours toi qui composes ?
Vincent Liben : Oui, c’est la seule chose que je fais vraiment bien ! Je ne joue pas très bien de la guitare.
Quoi ? Tu n’es donc pas le Jimmy Hendrix Belge ?
Vincent Liben : Non, c’est clair… je me suis fait une raison.
Est-ce que tu as une théorie concernant la richesse de la scène musicale belge ? Je pense à Deus, Ginzhu, vous, entre autres…
Vincent Liben : Oui, je crois que vous êtes complexés, parce qu’il y a plein de bons groupes français. Par exemple, Syd Matters, Sébastien Tellier, A.S. Dragon, plein de bons groupes. Sinon, on vient de participer à un documentaire français sur la scène rock Belge. On nous a posé la même question. Nous, on l’impression qu’il n’y a pas grand-chose. Cette notion n’existe pas en plus, en Belgique, tout est centralisé sur les villes, Anvers est la capitale d’Anvers, Gand, la capitale de Gand, etc. En plus, on a plusieurs langues, nous on a des flamands et des wallons, ça s’est fait au fil des rencontres à Bruxelles et à Gand.
Pourquoi avoir pris un pianiste sur cet album ?
Vincent Liben : En fait, sur A Life On Standby, il y avait déjà du piano, mais en tournée, on jouait avec des samples, quand on était mieux payé, on rajoutait un claviériste sur scène. Et puis pour Ryonosuke, on s’est dit qu’on allait prendre un pianiste. On quitte doucement le rock pour aller vers quelque chose de plus acoustique, folk… mais doucement ! C’est un instrument magnifique.
Donc, vous prenez une nouvelle orientation musicale ?
Vincent Liben : Cet album marque une transition. Par exemple avec les fanfares. On essaie de nouvelles choses. Le format pop-rock, on commence à en avoir marre. C’est sûrement lié au fait que ça fait dix ans qu’on fait ça. Au bout d’un moment, tu tournes en rond. Et puis je trouve que quand tu as vingt ans, tu fais mieux ! Sauf quand cette démarche tient du concept, comme Ginzhu, ils y vont à fond ! Là, ça devient inattaquable.
Je trouve l’album assez triste, qu’est-ce que tu en penses ?
Vincent Liben : Il est quand même beaucoup moins mélancolique que le précédent. Moi, j’étais persuadé d’avoir fait un album "fun". C’est vrai que Ryonosuke est plus dans l’esprit du précédent. Mais on est plutôt des joyeux lurons. On s’est beaucoup amusé en enregistrant l’album. Et puis, il y a des chansons plutôt gaies comme In Time et Monkey Doll.
Justement, Monkey Doll va être le premier single extrait de l’album ?
Vincent Liben : Oui, on a fait aussi le clip qui, d’ailleurs, a été tourné à Paris !
La question piège : as-tu une chanson préférée dans cet album ?
Vincent Liben : J’aime bien Ryonosuke, c’est ma favorite. J’aime aussi Monkey Doll, elle a un côté évident, un peu Beatles, elle me mettait de bonne humeur, je me souviens. Aussi Shooting Star. On avait bien rigolé en l’enregistrant. On était en live dans le studio, et on avait bu plein de bières, et le pianiste avait mis sa capuche, et il ratait tous ses accords. On a dû recommencer plein de fois, on était morts de rire.
Vous avez enregistré cet album en combien de temps ?
Vincent Liben : Le bassiste a été fort malade, alors on a dû enregistrer la batterie seule, sans lui. En général, tu enregistres les deux ensemble. Cela a pris à peu près un mois pour enregistrer, mixes compris.
Alors, une tournée en France ?
Vincent Liben : Oui, j’espère, je pense en novembre, décembre, théoriquement. L’album est déjà sorti en Belgique, et j’ai fini d’écrire les chansons du suivant. Pour celui-ci, la sortie sera simultanée, prévue pour l’été prochain. Cet album amorcera vraiment notre transformation.
On se revoit donc l’année prochaine, donc ?
Vincent Liben : Oui, si tout va bien !
source: http://www.froggydelight.com
Inventaire avant liquidation?
On est toujours un peu déçu quand un groupe qu'on a vu briller dans un genre musical décide de changer. C'est un peu une partie de nous qui s'en va, qui nous pousse à grandir et voir si l'herbe est plus verte ailleurs, ce qui n'est jamais sûr. Alors voilà, après 3 albums forgés dans le sillon de Sonic Youth et Radiohead, le moins connus des groupes belges qui comptent arrête le pop-rock. Ce chant du cygne s'appelle Ryunosuke, un 4e album plus lumineux et bigarré que le spleen modèle de son prédécesseur, le très bel A life on standby. J'ai rencontré Vincent Liben, leader du quatuor pour parler de tout ça, et bien plus encore.
"Si à 30 ans tu continues à faire du vrai rock, c'est que tu as un problème"
"Maintenant on va plus s'inscrire dans une lignée de groupes comme Wilco que les BB Brunes"
Bonjour Vincent. Avant de parler du nouveau disque de Mud Flow je voudrais savoir ce que tu penses de la manière dont les médias français envisagent le rock belge, cette manière qu'ils ont de mettre à chaque fois Deus, Venus et Ghinzu dans le même sac ?
Je crois que l'expression rock belge ne veut rien dire parce qu'en Belgique, contrairement à la France où il y a Paris, rien n'est centralisé. En Belgique, Bruxelles c'est la capitale de Bruxelles, Anvers c'est la capitale d'Anvers, Gand c'est la capitale de Gand. Il y a très peu de connexions, chacun reste chez lui. Par exemple, moi je n'ai quasiment jamais mis les pieds à Bruxelles alors que j'habite à 40 km. Il faudrait plutôt parler de rock gantois, de rock bruxellois, de rock liégeois ou de rock namurois pour un groupe comme Flexalyndo par exemple.
Flexalyndo qui est très bon groupe d'ailleurs.
Oui, leur dernier album est vraiment bien. Dommage que ce groupe soit si méconnu.
Ok. Parlons de toi et de Mud Flow. Aujourd'hui tu as plus de 30 ans et Ryunosuke, qui sort le 25 août en France, est le 4e album de Mud Flow. A ce stade de votre carrière, peut-on dire que vous faites du "rock adulte" ?
Un peu, oui. D'ailleurs on est déjà en train de travailler sur notre prochain album et il sera certainement beaucoup plus folk. Pour moi la pop c'est fini.
Vraiment ?
Oui, je ne peux plus, les refrains, les violons, les accords mineurs... C'est une question d'âge. A un moment tu ne te sens plus à l'aise avec ces morceaux, tu ne te sens plus dedans quand tu es sur scène, tu te dis : "Ce n'est plus moi".
Pourquoi alors un morceau comme "Monkey Doll", qui est très pop et guilleret comme l'était "Today", le single de votre précédent disque..."Monkey Doll" est effectivement inspiré de "Today" !
Si on ne l'avait pas fait on n'aurait eu aucun single à proposer aux radios (rires) !
Je vois. Ce n'est pas très joli joli de faire ça !
Ce n'est qu'une petite concession à un format... La démarche musicale de Mud Flow a toujours été sincère. Là, tu vois, pour moi A life on standby et Ryunosuke sont un peu des albums frères. Le premier est le côté obscur de la force, le second le côté lumineux. Et voilà, avec ces deux albums on s'est dit qu'on avait un peu fait le tour de ce qu'on pouvait faire en matière de pop-rock. Je pense donc qu'on va s'arrêter là et voir ailleurs... Enfin je dis ça maintenant mais on ne sait jamais !
Comment ça ?
Je veux dire : si on met trop de temps à faire notre album folk peut-être qu'on reviendra au rock parce qu'au bout d'un moment on en aura marre de galérer.
A life on standby parlait déjà pas mal du cap de la trentaine. Sur Ryunosuke tu remets ça avec "In Time" que tu décris comme "un morceau typique sur la crise de la trentaine", cet âge charnière où, je cites, "Tu quittes l'adolescence et tu es déjà nostalgique des virées folles, des délires des 16-17 ans. Tu deviens adulte et en même temps tu quittes tes complexes d'ado." Ça veut surtout dire que c'est l'âge où l'on a envie de revivre son adolescence en version améliorée, non ?!
C'est vrai que ce serait chouette ! Si je pouvais redevenir ado tout en étant aussi "cool" que je suis aujourd'hui, ce serait top. Toi, tu as quel âge ?
28.
Mais tu verras, la trentaine c'est cool une fois que tu y es.
Ce n'est pas une période de "deuil" ?
Non, pas vraiment. Enfin si, il y a un deuil, c'est qu'à ce stade-là tu sais que tu ne seras jamais rock star. Mais ce n'est pas triste. Tu peux continuer à faire de la musique et tu peux même réussir à en vivre !
Penses-tu qu'on puisse sincèrement continuer à faire du rock passé 30 ans ?
Pour moi si tu continues à faire du vrai rock à 30 ans c'est que tu as un problème. Parce qu'à 30 ans normalement il y a un truc que tu n'as plus. Donc la seule chose qui va nous intéresser maintenant c'est de faire d'expérimenter musicalement. Cet album, c'est aussi ça : de l'expérimentation. C'est d'ailleurs pour ça que ce n'est pas tout le temps abouti. Les fanfares sur "Trampoline", on m'a souvent dit que c'était une mauvaise idée mais j'avais vraiment envie d'essayer un morceau avec deux fanfares indépendantes l'une de l'autre. Voilà, on a tenté des choses, au niveau des accords majeurs, au niveau des claviers, pour faire une musique qui ne puisse pas être définie comme pop-rock. Et on savait que certaines personnes n'allaient pas aimer.
Pas mal de gens ont effectivement été déçus par Ryunosuke. En comparaison au précédent qu'ils adoraient, certains ont même dit que celui-ci était un navet...
Oui, j'ai lu ça sur un webzine belge : Tox. Le type a été injustement dur par rapport à Ryunosuke. Il ne l'a pas vu pour ce qu'il est, c'est-à-dire un album de transition, avec toutes les imperfections que ça implique. Et puis si on avait fait la même chose que sur A life on standby on se serait fait tout autant descendre. Mais il n'a pas eu tort pour ce qui est de la scène. On a fait certains live qui étaient catastrophiques, notamment notre concert aux Nuits Botaniques, pour cause de problèmes avec l'ingé-son. J'ai mis un mois à m'en remettre alors quand j'ai vu ce qu'en disait ce webzine, ça m'a achevé. Mais bon il ne me serait jamais venu à l'esprit de traiter ce mec de connard. Nous on propose un CD et il a le droit de dire que c'est un navet. Je respecte son avis. C'est des mecs comme ça qui te font réfléchir. Maintenant je crois qu'on s'est réconcilié. Depuis il nous a vu deux fois en version trio acoustique et ça lui a plu. Il ne s'est d'ailleurs pas privé pour le dire. Il a bien senti que c'est vers ça qu'on voulait se diriger. Après ce n'est pas étonnant que ça lui plaise plus : en acoustique notre musique se fait plus mélancolique et c'est sans doute ce qui plait le plus aux fans de pop-rock.
Selon moi l'atmosphère très mélancolique de votre précédent disque a d'ailleurs beaucoup œuvré à son succès. Parce qu'on vous alors pleinement pris comme un rejeton de Radiohead. Ça te gave qu'on vous compare souvent à Radiohead ?
Non, même si je trouve qu'on ne fait pas du Radiohead. Et puis tu ne vas peut-être pas me croire mais je n'ai aucun album de Radiohead chez moi.
Ah oui ?
En fait, je n'aime pas la voix de Thom York. Autant j'aime la musique du groupe mais sa voix à lui m'énerve. Comme celle de Bono chez U2.
C'est trop lyrique pour toi ?
Oui, ça doit être pour ça que je n'aime pas Brel non plus. J'aime bien quand il y a un peu de retenue.
Dans le communiqué de presse de Ryunosuke tu livres des petits speech pour expliquer chaque morceau du disque et j'ai été assez frappé de voir que la plupart de ces morceaux semblaient donc moins inspirés par ta vie que par des œuvres artistiques, des photos, des films, des livres...
En fait, tout part un peu d'une discussion houleuse que j'ai eue avec un ami photographe. Il met beaucoup de sa vie privée dans ses photos et je lui disais qu'à mon sens il y a toujours moyen de créer sans exposer crûment les gens qui t'aiment aux yeux de tout le monde. Et c'est ce que je voulais faire sur cet album : trouver le moyen subtil de ne pas impliquer directement mes proches.
Du coup tu as utilisé des filtres...
Oui et pour le morceau "Ryunosuke", par exemple, tout s'est fait au hasard. Je voulais une voix japonaise pour ce morceau, j'en ai donc piqué une sur le net pour faire un test et au départ je ne savais pas du tout de quoi elle parlait. C'est quand j'ai demandé à une copine japonaise de faire des essais de voix que j'ai compris ce qu'elle disait parce qu'elle s'est mise à me traduire le texte. J'ai donc appris qu'elle racontait l'histoire d'une femme se faisant violer devant son mari. J'ai décidé de garder ce texte et le principe de la voix japonaise, mais de réécrire la chanson en fonction de la vie de l'auteur, Ryunosuke Akutagawa. Après coup j'ai lu Rashômon, la nouvelle d'où ce texte est tiré, histoire de savoir de quoi je parlais, ainsi que d'autres nouvelles de lui. Ses textes sont très durs et sombres sur la nature humaine.
Tu dis passer par ces biais détournés pour ne pas faire de tort à tes proches mais n'est-ce pas aussi le moyen pour toi de trouver là l'inspiration que ta vie ne te donne plus ?
C'est sûr que j'ai envie de parler d'autre chose que des éternels problèmes adolescents. Aujourd'hui je ne suis plus dans l'état d'esprit de mes 18 ans et j'en suis bien content. C'est pour ça, comme tu dis, qu'on peut désormais parler de "rock adulte" à propos de Mud Flow. Maintenant on va plus s'inscrire dans une lignée de groupes comme Wilco que comme les BB Brunes !
C'est une direction souhaitée par tout le groupe ?
Tu sais, je n'essaie pas de convaincre les autres de suivre une ligne précise. On discute, mais ça n'empêche pas les désaccords. C'est pour ça que depuis le début le groupe a changé plusieurs fois de line up. Mais il est aussi arrivé que des musiciens partent parce qu'ils considéraient tout simplement qu'ils avaient mieux à faire, ce qu'a fait notre dernier batteur, parce que ça faisait longtemps qu'il voulait monter son propre groupe De l'extérieur ces changements peuvent paraître bizarres mais en fait ce sont des évolutions naturelles. C'est pour ça que finalement je considère plus Mud Flow comme un collectif que comme un groupe.
C'est aussi ça le côté "adulte". A 30 ans on n'est plus dans le fantasme du gang uni à la vie à la mort. On accepte que chacun ait une vie en dehors, d'autres envies. Le groupe devient alors une sorte d' "union libre" !
C'est ça !
D'ailleurs toi aussi tu vas voir ailleurs...
Oui, j'ai fait des arrangements pour d'autres artistes. Là je suis même en train de préparer un album solo.
Ah ouais ?
Oui, je suis en train de finir le mixage. En Belgique le single tourne déjà sur les ondes.
A quoi ça ressemble ?
Je te laisse chercher (rires) !
Tu écoutes quoi en ce moment ?
Euh... Berry.
Berry ?!
Ouais (rires) !
On dirait du Carla Bruni, non ?!
Moi je ne trouve pas. C'est plus enlevé. Il y a des belles parties de guitare.
Berry, quand même, c'est super bobo !
Je suis désolé, c'est vrai que ça fait bobo, mais j'aime bien (rires) !
A part ça ?
J'écoute Martha Wainwright, Phosphorescent aussi. Ce mec a une voix magnifique ! A part ça, rien de violent. Mais bon, tu dois te douter vu que j'écoute Berry ! En vieux trucs, je continue d'écouter ce que fait Greg Dully. J'étais un grand fan de The Afghan Whigs. Et j'aime aussi beaucoup ce qu'il fait avec The Twilight Singers. Cette voix qu'il a ! Super soul ! Il est énorme maintenant. Mais il a encore un sacré charisme.
En voilà un qui peut se permettre de rester rock à plus de 30 ans passés !
Oui et passés depuis longtemps !






















































































